Soliman

extrait de Méditerranées, Marseille, 2013, p 166

Les sultans des XVe et XVIe siècles ont jugé que cette ville, qui avait été du temps de l’ Empire byzantin l’un des pôles de la chrétienté, devait, une fois devenue capitale politique d’un empire musulman, proclamer le triomphe de l’islam. Lorsque Ulysse y débarque en ce début du XVIe siècle, elle constitue le plus grand foyer culturel de la religion du Prophète. Süleyman comme ses prédécesseurs y convie artistes, écrivains, poètes, historiens, calligraphes…
C’est parce que l’Empire ottoman est au faîte de sa puissance et de son expansion qu’Istanbul peut vivre dans un luxe qui fascinera les voyageurs européens et surtout les ambassadeurs, qui pourront approcher, comme le fera en 1535 Jean de La Forest, émissaire du roi de France, le cercle étroit du souverain…
Süleyman, s’il est fin lettré, esthète et bon musulman, est aussi un redoutable chef de guerre. Son père, à qui il succède en 1520, a pacifié l’Anatolie et mis la main sur [‘Empire mamelouk, l’Égypte et la Syrie jusqu’aux Lieux saints, faisant ainsi du sultan le chef de la communauté des croyants. Süleyman va s’employer, lors des treize campagnes militaires de son règne, à consolider l’entreprise paternelle et à étendre l’Empire, au nord en conquérant la Hongrie, au sud jusqu’à Aden et à l’est jusqu’à l’Iraq, s’ouvrant ainsi la voie du golfe Persique. A l’est encore, il
s’assure des positions en Perse, et à l’ouest, il établit une continuité territoriale d’Alexandrie à Alger. Mais cet immense territoire ottoman, qui a endossé l’habit du vieil Empire romain d’Orient, n’est pas que terrestre, il est aussi maritime, en ce qu’il domine pas moins de trois mers : la Méditerranée, devenue avec la prise de Rhodes (1522) aux Chevaliers de Saint-Jean, un « lac ottoman », la mer Noire, par laquelle la capitale se nourrit, et la mer Rouge qui, après une expédition partie de Suez en 1538, assure à l’empire le contrôle du Yémen et l’accès à l’océan Indien.
Mais la force de l’immense Empire ottoman tient autant à ses conquêtes qu’à son organisation, fondée sur une administration extrêmement centralisée et hiérarchisée, jusques et y compris dans les cuisines du palais, avec pour particularité que les principaux rouages de l’Etat sont aux mains d’étrangers, esclaves ou affranchis, alors que l’immense masse de la population est exclue du pouvoir et de l’ordre du politique.

Istanbul au XVIe siècle :

un peu d'Histoire Géo ne fait pas de mal….